28 avril 2012
Hommage à Erhard Loretan, un an plus tard
Cher Erhard,
Tu disais avoir réalisé tes rêves… en concrétisant ceux des autres. Avoir atteint le but de ta vie lorsque tu partageais ta passion. Lorsque tu étais le magicien qui enchantait ceux qui foulaient ta trace. Partager. Tu sonnais sans cesse les cloches de ce verbe. Elles résonnent aujourd’hui au détour de chaque vallée, à l’ombre de chaque sérac et sous l’écume d’une neige cristalline soufflée d’une arête, à qui veut bien l’entendre.
De ton vivant, jamais je n’ai été au bout de ta corde mais tu existais comme un modèle. Pas seulement pour l’image de l’alpiniste de l’extrême. Le mérite qui t’était dû servait de toile de fond à mon admiration. Non, l’image qui a survécu, c’est celle de l’homme. La légèreté de tes pas, de roche en roche, reflétait le silence qui te caractérisait. Parler, c’était de trop. La montagne en plus, le superficiel en moins.
De nombreuses fois, il a suffi de regarder ces lignes acérées déchirant le ciel pour t’imaginer les parcourir. Le chemin que tu avais choisi ne s’est pas brusquement arrêté ce 28 avril 2011, il y a tout juste une année. Il s’est démultiplié pour exister dans le cœur de chaque passionné de ces lieux où l’émerveillement se consomme sans se consumer. De l’alpiniste hors pair, tu étais devenu un guide, pour être depuis année, Le guide. Ta dignité, en assumant ce qui était le pire drame de ta vie, a construit l’image d’un homme à vif, certainement pas invincible ni écorchable mais assurément éternel.
Tu disais que la montagne n’était pas une fuite. Pourtant, ce jour de décembre 2001 une réalité bien trop forte t’a subitement rattrapé. Il a fallu réapprendre à vivre et retourner, inlassablement, gravir et t’engager à souffrir vers ces sommets. Ton sac ne s’était pas alourdi, mais tu emportais chaque jour avec toi le poids de ta conscience. L’altitude ne te ralentissait pas. Elle te rapprochait du ciel. Je t’imagine y courir et sentir cette force, cette troisième personne, sur laquelle tu pouvais mettre un prénom.
Erhard, tu manques à la montagne. Sand doute regrette-t-elle le regard que tu portais sur elle, admiratif et craintif à la fois. Elle ne se serait jamais lassée du respect que tu lui vouais, même si parfois tu la courais à un rythme ahurissant. Trop pressé de toucher le ciel mais assez patient pour le savourer.
Elle a pourtant choisi de te reprendre. Pourquoi ? J’ose penser que le destin existe, et qu’il exécute parfois son pouvoir impitoyablement. Depuis un an, personne ne veut vraiment croire à ton absence. Impossible, incroyable, irréaliste, impensable. Ce sont ces mots qui font toujours écho, lorsqu’on parle de toi, en regardant vers le haut.
Tu disais enfin que le sommet, n’était pas un but, que l’important c’était de revenir. Peut-être que la montagne a décidé de te garder, ne supportant pas de te voir venir… et repartir. Elle a conservé ta présence, là-haut, près des cimes où chacun pourra t’imaginer. Le but, mon cher Erhard, sera de venir te toucher la main et t’entendre me dire de redescendre, pour mieux revenir. A un de ces jours, sans doute.
Julien Wicky






























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